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L'Ecole Spéciale 1939-1945 par F. Seitz

Frédéric Seitz, auteur du premier et unique ouvrage publié à ce jour sur l'histoire de l'Ecole Spéciale d'Architecture* est l'auteur d'une communication intitulée L'École spéciale d'architecture sous l'Occupation

dans le cadre du colloque du Jeudi 16 juin 2016 au collège de France " Architecture, arts et culture dans la France de Vichy, 1940-1944"

*Seitz Frédéric, l'Ecole Spéciale d'Architecture 1865-1930 : une entreprise d'idée, Paris : Picard, 1995, 200 p.

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Mur de l'ESA par Nemo Tral



Making-of du Mur de l'ESA en 2015 par Nemo Tral (Alias Guillaume Dufilho), DESA,

http://www.nemo-tral.com/wall-esa-printemps-2015/

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Une nouvelle revue : The Funambulist

Après l'annonce à New York la semaine dernière, une nouvelle présentation parisienne du The Funambulist Magazine est organisée le 2 septembre par son éditeur l'architecte Léopold Lambert (DESA)
Cette nouvelle publication anglophone (avec néanmoins un cahier de traduction française) de 62 pages sortira désormais une fois tous les deux mois à la fois en versions imprimée et numérique.
La revue s’inscrit dans la continuité et en parallèle de ses deux plateformes « open-access » que sont le blog et le podcast (Archipelago) qui, depuis quelques années, ont toutes deux tenté de proposer une recherche sur les politiques de l’architecture, du territoire et de la ville, en même temps que de créer une communauté de figures de la pensée et création contemporaine à l’échelle internationale.

Le premier numéro (septembre), dédié aux villes militarisées est désormais sorti. Les trois prochains numéros, consacrés respectivement aux politiques des banlieues (novembre), des vêtements (janvier) et des prisons (mars), sont en train d’être montés. Tous incluent des articles écrits par de talentueux/ses (et souvent jeunes) auteur(e)s dont un nombre important ont déjà contribué au Funambulist.


PRÉSENTATION DU FUNAMBULIST:

QU’EST-CE QUE LE FUNAMBULIST?

The Funambulist, c’est d’abord un blog débuté en 2010 pour servir de support à ma recherche sur la manière dont l’architecture est utilisée comme arme politique. La figure du funambule me parle particulièrement car celle-ci marche sur les lignes, le medium utilisé par les architectes et designers. Depuis sa création, la ligne éditoriale s’est élargie pour pouvoir traiter des effets politiques de toute échelle de design (du plus petit objet à l’échelle territoriale) en relation aux corps. Ses activités se sont elles-aussi étendues en prenant également la forme de 14 ouvrages, 62 essais invités, et un podcast appelé Archipelago.

ARCHIPELAGO: LE PODCAST DU FUNAMBULIST

Archipelago a débuté en janvier 2013 afin de développer plus en profondeur les idées énoncées sur le blog du Funambulist, ainsi que pour développer une plateforme non-institutionalisée de diffusion du savoir. Au jour d’aujourd’hui, j’ai interviewé 107 invité(e)s (cf. leur portraits) dans diverses parties du monde (Amériques Latine et du Nord, Europe, Moyen Orient et Japon). En 2014 et 2015, Archipelago a recu le soutien financier de la Graham Foundation for Advanced Studies in the Fine Arts.

LES LIVRES DU FUNAMBULIST

Après le livre Weaponized Architecture: The Impossibility of Innocence, publié en 2012 par dpr-barcelona, le Funambulist a travaillé avec Punctum Books pour développer deux séries de livres recueillant les articles du blog: The Funambulist Papers, Vol. 1-2 sont tous deux des recueils d’essais invités écrits par 63 auteur(e)s entre 2011 et 2015, et The Funambulist Pamphlets, Vol. 1-11 proposent une collection d’articles du blog organisée par thême: Spinoza, Foucault, Deleuze, Théorie légale, Occupy Wall Street, Palestine, Dess(e)ins cruels, Arakawa + Madeline Gins, Science Fiction, Litérrature, Cinéma. Vous pouvez accéder à tous les livres en suivant ce lien.

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Iconic Houses Network.










Ce portail sur les maisons emblématiques d’architectes du XXe siècle ouvertes au public dans le monde (essentiellement en Europe et aux USA, voir localisation sur la planisphère) permet de repérer les maisons ouvertes au public et de préparer une visite grâce aux liens sur les sites web.

Pas de plans, mais de la documentation et des visites virtuelles.

Pour la France, les liens vous renvoient à 13 maisons quelques architectes : Le Corbusier, Mallet-Stevens, Alvar Aalto, Henri Sauvage, Eileen Gray , et Ferdinand Bac.

accès au site

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L'IMAGE DU MOIS DE FEVRIER 2012



La Maison sur l'eau par Opéra Pagaï dans le cadre de la manifestation Evento du 4 au 14 octobre 2011 à Bordeaux.
.

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Expositions virtuelles

la Cité de l'architecture et du patrimoine accroît peu à peu sa collection d'expositions virtuelles à partir des fonds du Centre d'Archives d'Architecture du XXe siècle
Trois d'entre elles concerne particulièrement l'ESA:


2 # AUGUSTE PERRET, HUIT CHEFS D'ŒUVRE !/?
Architecture du béton armé

Le maitre y dirigea un atelier pendant de longues années.(1929-1952)
Une photographie le montre dans la force de l'âge devant la porte du jardin.




































Vue Auguste Perret à l'École spéciale d'architecture
Cliché anonyme. 1937
11,6 x 8,6 cmTirage NB
© Droits réservés, © Fonds Perret, Auguste et Perret frères. CNAM/SIAF/CAPa/Archives d'architecture du XXe siècle/Auguste Perret/UFSE/SAIF/2014. 535 AP 663


EXPOSITIONS VIRTUELLES

3 # LE MUSÉE CHAGALL, CHEF-D'ŒUVRE D'ANDRÉ HERMANT

Ce musée est une réalisation majeure de 1973 d'André Hermant, DESA 1933.




7 # HENRI PROST ET LE PLAN DIRECTEUR D’ISTANBUL. 1936-1951

. Henri Prost, diplomé de l'école Spéciale en 1892, fut directeur de l'ESA de 1929 à 1939.


Pour voir toutes les Expositions virtuelles de la Cité



Le Musée des Arts décoratifs propose une visite virtuelle de l'Hotel particulier de Moise de Camondo qui deviendra le Musée Nissim de Camondo dont l'architecte, René Sergent a fait ses études à l'Ecole Spéciale d'Architecture.





Autre site proposant des expositions virtuelles : La BNF

quelques exemples :
Etienne-Louis Boullée (Galerie des Arts et de l'Architecture)
les Expositions Universelles 1867-1900 (Galerie de photographie)
Utopie la quête de la société idéale en occident (Galerie d'histoire des représentations)
La Carte de Cassini

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Biographies d'architectes / ESA




"Portraits d'Architectes, exposition virtuelle réalisée en 2011 par Le Centre d'archives d'architecture du XXe siècle propose 122 portraits d'architectes du XXe siècle accessibles par liste alphabétique.

Les notices biographiques pointent sur la base de donnée "Archiwebture", décrivant pour chaque personnalité le fonds en dépôt.
Sont liés à l'ESA :
DES ELEVES
DES ENSEIGNANTS
ARCHIWEBTURE SIGNALE DES FONDS INTERESSANTS POUR L'ESA qui ne figuraient pas dans cette exposition:
(Toutes époques confondues et dans la mesure de nos connaissances)
Heaume
Ginsberg
Le Coeur
Montassut
Royer
Tournant
Utudjian


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CAUE et EKOPOLIS (ile de France)

Sites spécialisés, veille des laboratoires, cartothèques, banques de données, ...

Les CAUE Proposent des sélections de réalisations mises en fiches et téléchargeables.

L'Observatoire CAUE de l'architecture, de l'urbanisme et du paysage






L'Observatoire de la qualité architecturale du logement en IdF











Le site Ekopolis est un projet francilien porté par l’Union régionale des CAUE en partenariat avec les membres fondateurs: l’ADEME, l’ARENE, la DRIEA, la DRIEE et la Région.
Il propose une base de données d'une quarantaine réalisations avec "préoccupations environnementales". Les entrées se font par agence, par département, type de programme....

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Bati ancien : fiches pratiques à télécharger

Sur le site Maisons Paysannes de France, le projet ATHEBA (AMELIORATION THERMIQUE DU BATI ANCIEN) propose 13 fiches pratiques à télécharger, intégrant les exigences réglementaires, les manières d'intervenir et la présentation de réalisations exemplaires.

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LU POUR VOUS : Au-delà du rêve de village : le club et la clubbisation

Au-delà du rêve de village : le club et la clubbisation
Par Eric Charmes, auteur du livre La ville émiettée, essai sur la clubbisation de la vie urbaine, Paris : Presses universitaires de France, 2011, le 16/05/2011

Pour citer cet article :

Éric Charmes, « Au-delà du rêve de village : le club et la clubbisation », Métropolitiques, 16 mai 2011. URL : http://www.metropolitiques.eu/Au-dela-du-reve-de-village-le-club.html

Comment expliquer l’attachement au quartier à l’heure de la métropolisation et des mobilités exacerbées ? Loin d’être contradictoires, ces phénomènes seraient les deux facettes d’une même réalité. Si l’ancrage local des citadins demeure, il est en effet en pleine transformation. Reprenant des analyses développées dans un ouvrage récemment publié aux Presses universitaires de France, La Ville émiettée, Éric Charmes propose le concept de club pour décrire les nouvelles relations de voisinage et la notion de clubbisation pour qualifier ce processus.

L’essentiel de la vie quotidienne ne se déroule plus aujourd’hui autour du domicile, mais dans un espace éclaté dont l’échelle est métropolitaine [1]. Pourtant, n’importe quelle enquête ethnographique ou sociologique le montre, au centre des villes et dans leurs proches banlieues, les gens restent très attachés à leur quartier, qu’ils qualifient volontiers de « village ». Et autour des agglomérations, au-delà des banlieues, la vie de citadin à la campagne, dans un village anciennement rural, connaît un grand succès. Il y a là un paradoxe, qu’exprime l’inadaptation du terme de village pour qualifier la relation contemporaine au quartier et aux espaces résidentiels. Même animée, la vie de quartier n’a plus grand-chose de commun avec celle des villages ruraux paysans tels que les ethnographes les décrivaient encore dans les années 1960 [2], avec un horizon quotidien cantonné dans un finage ; à la différence des villageois de cette époque, les citadins passent l’essentiel de leur vie quotidienne hors de leur quartier et supportent mal un contrôle social fort de la part de leur voisinage. Il n’y a certes là rien de nouveau, mais on a encore des difficultés à qualifier la relation que conservent les citadins avec les espaces qui entourent leur logement.

Ces difficultés sont manifestes quand il s’agit de décrire les modes de vie dans les périphéries pavillonnaires. Avec leurs rues résidentielles désertes et leurs autoroutes surchargées de véhicules, ces dernières mettent clairement en évidence ce que certains ont appelé « la fin des quartiers » [3] ou la « déterritorialisation » des modes de vie. Mais, avec leurs ensembles pavillonnaires privés et sécurisés (souvent désignés par leur nom anglais gated communities), les périphéries mettent tout aussi clairement en évidence ce qu’il est convenu d’appeler le repli sur « l’entre-soi ». Que penser de ce paradoxe entre une vie de quartier qui paraît perdre de son importance et des ancrages locaux qui s’exacerbent ? Comme beaucoup de paradoxes, celui-ci résulte moins d’une contradiction dans la réalité que d’une déficience des concepts mobilisés. Son énoncé repose sur des oppositions profondément ancrées dans les représentations du social telles que l’opposition entre l’ancrage et la mobilité, ou celle entre communauté et société. Or si ces oppositions ont été utiles pour penser la transition du rural vers l’urbain à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, elles ont perdu cette utilité dans des sociétés qui sont largement urbanisées. Ces dichotomies constituent à présent un écran idéologique qui conduit à opposer des phénomènes devenus complémentaires.

L’ancrage local à l’heure métropolitaine

Il faut penser la territorialisation locale avec la mobilité plutôt que contre la mobilité [4]. Ainsi, c’est précisément parce que les citadins passent l’essentiel de leur temps ailleurs que dans leur quartier et parce qu’ils ne font pas, ou plus, communauté avec leurs voisins, que les gated communities connaissent un tel succès. Autrefois, dans les quartiers vivants, où les liens locaux étaient nombreux et forts, il existait ce que Jane Jacobs a appelé les « yeux de la rue » [5] et chacun, commerçant, passant, riverain, participait à une surveillance collective. Dans un tel contexte, les habitants ressentaient peu le besoin de recourir à des dispositifs techniques ou à du personnel spécialisé pour contrôler les comportements. Mais, dans les espaces résidentiels contemporains, où la norme est de ne pas se mêler des affaires des autres et où le voisin est rarement un ami, un collègue ou un parent, les habitants ne souhaitent pas s’impliquer dans le contrôle des espaces collectifs et préfèrent déléguer cette tâche à des prestataires extérieurs ou à des dispositifs techniques. De ce point de vue, on doit comprendre le développement des gated communitiesnon pas comme l’affirmation d’un repli communautaire, mais exactement comme le contraire, c’est-à-dire comme la conséquence de l’affaiblissement des liens communautaires locaux, ce que Philippe Robert appelle l’érosion de la « socialité vicinale » [6], érosion qui résulte principalement de l’importance des mobilités résidentielles et quotidiennes.

Le travail qu’il convient de faire pour sortir de l’opposition entre ancrage et mobilité est déjà bien amorcé. On doit noter en France la contribution d’Yves Grafmeyer et ses collègues, dont les enquêtes dans des quartiers denses de centre-ville ou de faubourgs ont montré que le développement des mobilités n’entraîne pas la fin des quartiers, contrairement à ce qu’annonçaient certains dans les années 1990 [7]. Comme l’écrit Yves Grafmeyer, « l’ancrage dans le quartier n’est nullement exclusif d’un fort investissement dans d’autres espaces de la ville » [8]. Il reste cependant, au-delà du constat des complémentarités possibles entre ancrage local et rapport élargi à la ville, à construire un modèle théorique permettant d’expliquer en quoi un ancrage local fort peut s’accorder à une mobilité quotidienne intense et à une pratique très éclatée des espaces métropolitains.

Le club : nouveau modèle des relations de voisinage

Le concept de club semble prometteur dans cette perspective. Ce concept et d’autres similaires ne sont pas nouveau en sociologie. Georg Simmel notamment a caractérisé la vie urbaine avec le concept de cercle, que l’on pourrait rapprocher de celui de club [9]. Au demeurant, nous proposons ici une définition particulière, inspirée de l’économie et des travaux du géographe anglais Chris Webster [10]. Pour les économistes, le club est une forme de partage d’un bien ou d’un ensemble de biens. Cette forme de partage peut être définie avec deux critères : la possibilité d’exclure des usagers potentiels et l’absence de « congestion » entre les usagers effectifs (autrement dit la jouissance du bien doit être faiblement affectée par le partage). La satisfaction de ce deuxième critère est bien évidemment liée à celle du premier, puisque c’est souvent en limitant le nombre de membres que l’on évite la congestion. Un jardin paysager ou une piscine dans une copropriété résidentielle répondent indiscutablement à ces deux critères, du moins si les « résidants » ne sont pas trop nombreux et s’ils se réservent l’accès à ces équipements (condition dont la satisfaction peut imposer des restrictions d’accès et contribue largement au développement des gated communities).

Un club peut aussi bien être géré par une structure publique que privée. Les exemples ci-dessus ont insisté sur les ensembles résidentiels privés, mais des municipalités peuvent tout autant être concernées. Elles disposent en effet d’outils exclusivistes : elles peuvent réserver l’accès à leur territoire à des populations choisies et mettre en œuvre des politiques de contrôle social du peuplement (en limitant par exemple la construction de logements sociaux ou en interdisant la construction de logements collectifs). Les différences sont potentiellement très importantes : en Île-de-France, entre la très bourgeoise Neuilly et une commune de Seine-Saint-Denis également limitrophe de Paris mais défavorisée, les prix pour un même logement peuvent varier de un à cinq, voire plus [11].

Ceci étant, jusqu’où peut-on comparer des municipalités à des clubs et leurs habitants aux membres d’un club ? Le cas présenté plus bas des petites communes périurbaines montre que ce rapprochement peut être poussé assez loin. Il n’aurait pourtant pas eu de sens il y a encore quelques décennies. L’évolution relève de ce que nous proposons de nommer « clubbisation ». Le néologisme n’est guère élégant, mais il a le mérite d’être parlant. La clubbisation est le passage d’une relation à l’environnement local qui tend vers l’idéal-type de la communauté (tel qu’il s’incarnait encore dans nombre de villages ruraux dans les années 1960) à une relation qui tend vers l’idéal-type du club (tel qu’il s’incarne notamment dans la copropriété résidentielle et, de plus en plus, comme on va le voir, dans certaines communes périurbaines). La clubbisation est donc le passage d’une relation au local où les questions centrales étaient les modalités du vivre-ensemble et le partage des ressources collectives pour un groupe donné, à une relation où la question centrale est la définition d’un groupe pour le partage de biens donnés. Dans une perspective inspirée des « sphères de justice » de Michael Walzer, selon laquelle le politique constitue une sphère relativement autonome [12], on peut dire que les dernières décennies ont été marquées par le passage d’une relation d’abord politique au local (où prime le rapport à l’autre, comme dans une communauté villageoise) à une relation d’abord économique au local (où prime le rapport à des biens dotés d’une valeur marchande, l’un de ces biens pouvant être les membres eux-mêmes, comme dans le club de gentlemen).

Ces transformations, loin d’être en contradiction avec les mobilités quotidiennes et résidentielles, en sont au contraire l’expression. On peut avoir un rapport marchand aux services, biens et aménités qui sont liés à la résidence en un lieu dans la mesure où l’on choisit ce lieu d’habitation (compte-tenu des contraintes imposées par ses revenus). De même, on peut ne pas se sentir lié politiquement à ses voisins et considérer que son destin est relativement indépendant de celui de son quartier, parce que l’on peut changer de lieu d’habitation [13]. Enfin, avec l’extension des territoires de la vie quotidienne, on dépend de moins en moins de son quartier pour son emploi, ses amis ou sa famille. L’environnement local, le quartier ont par conséquent perdu une large part de leur valeur politique. Le développement d’internet et des diverses formes de sociabilité qu’il permet ne fait que renforcer cette dynamique de déconnexion entre les espaces porteurs d’enjeux politiques et les espaces résidentiels [14]. L’espace politique s’efface à l’échelle du quartier et se maintient seulement à des échelles plus larges, celles du bassin de vie, de la région métropolitaine, du pays ou de l’espace transnational [15].

Les communes périurbaines : des clubs résidentiels ?

Un territoire montre de manière quasi idéal-typique la nature du phénomène : celui des périphéries des grandes villes françaises. La clubbisation y imprime clairement sa marque, avec la transformation des villages ruraux en clubs résidentiels. Aujourd’hui en France, près de 20 000 communespeuvent être considérées comme périurbaines au sens de l’INSEE. Ce sont généralement d’anciens villages absorbés dans l’aire d’influence d’une ville. Dans environ neuf cas sur dix, les communes périurbaines comptent moins de 2 000 habitants et leurs espaces bâtis, essentiellement pavillonnaires, sont entourés d’espaces agricoles et naturels [16]. Dans ces communes, l’acquisition d’une maison individuelle ressemble beaucoup à l’acquisition d’un ticket d’entrée dans un club résidentiel : en emménageant dans un pavillon, on devient également « membre » d’une municipalité dont les habitants sont unis par la jouissance commune d’un cadre de vie particulier. Par l’effet du marché immobilier, les « clubs » qui offrent le cadre de vie le plus recherché deviennent ceux dont le « ticket d’entrée » est le plus onéreux. Les clubs les moins recherchés, car éloignés des centres ou soumis à des nuisances, sont pour leur part les moins coûteux et accueillent prioritairement les ménages des classes moyennes inférieures. Le tri social est d’autant plus vigoureux que le voisinage de ménages aisés étant très recherché (principalement pour l’éducation des enfants), les familles favorisées attirent les familles favorisées. Dans ce contexte, les habitants se regroupent à partir de goûts et de revenus similaires. Ils sont liés par le partage des biens qu’ils ont acquis (ou qu’ils louent) et se préoccupent avant tout de la gestion et de l’entretien de ces biens, dans une logique économique proche de celle qui préside au fonctionnement d’une copropriété. Ils se préoccupent également de se réserver l’accès et l’usage de ces biens, ce qui fait de l’exclusivisme et de la détermination des modalités d’appartenance au groupe une question centrale. Cela se traduit entre autres par des règlements d’urbanisme visant à contrôler les qualités du peuplement, avec par exemple l’interdiction de construire des immeubles d’habitation collectif, voire l’interdiction de toute construction nouvelle.

La situation est ici très différente de celle qui prévalait dans le village paysan, où l’appartenance à la communauté locale était plus une donnée qu’un choix et où, par conséquent, la question de la détermination des modalités d’appartenance au groupe était secondaire [17]. Par ailleurs, dans le village rural traditionnel, les habitants avaient des positions sociales et des intérêts très divers (un village, même petit, avait ses riches et ses pauvres), ce qui induisait des débats de nature politique sur le développement de leur communauté et sur la détermination des modalités de partage des biens communs [18]. Un exemple peut éclaircir les choses : dans une commune paysanne qui disposait d’une forêt communale, il était courant que celle-ci fasse l’objet d’une exploitation (via l’affouage par exemple). La détermination des bénéficiaires de cette exploitation soulevait peu de difficultés : c’étaient les habitants, groupe social relativement stable, fondé sur la continuité temporelle. Il y avait bien quelques discussions, notamment à propos des forains et des marchands qui n’étaient que rarement présents dans la commune. Mais ces problèmes étaient secondaires au regard de ceux posés par la répartition des bénéfices entre les habitants. Certains souhaitaient par exemple que les bois communaux bénéficient surtout aux familles modestes en leur permettant d’accéder à des ressources qu’elles ne possédaient pas. Ils contestaient alors la place faite aux riches, par exemple parce que la commune donnait un accès proportionnel aux terres possédées. Ces débats pourraient faire l’objet de longs commentaires. L’essentiel pour notre propos est de noter que le cœur du débat ne résidait pas dans la détermination des bénéficiaires de l’accès aux biens communaux, mais dans les modalités du partage.

Dans une commune périurbaine résidentielle, la situation est inverse. Poursuivons avec l’exemple des bois. Dans le périurbain, les espaces boisés communaux, lorsqu’ils existent, sont valorisés comme paysages et comme lieux de loisir [19]. Ces demandes propres aux périurbains aboutissent souvent à ce que ces bois soient transformés en espaces verts protégés ou soient intégrés à un parc naturel régional. La mise en valeur paysagère prime alors sur l’exploitation des ressources forestières. Plus question, par exemple, de déboiser en coupes claires. Par ailleurs, le problème des habitants de la commune n’est pas de se partager les bénéfices de l’accès aux espaces boisés, car un tel partage n’a pas de sens : on ne divise pas la jouissance d’un paysage ou la déambulation sur des chemins. Le problème est plutôt de déterminer le nombre et les qualités de ceux qui peuvent jouir des paysages locaux ou se promener dans les espaces verts, et plus particulièrement de limiter les risques de « congestion ». Ainsi, l’une des principales préoccupations des habitants des petites communes résidentielles est de limiter l’urbanisation de leur commune. Cette crainte renvoie à un souci pour la qualité du paysage dont ils jouissent. Pour les périurbains, plus de maisons individuelles dans leur commune, c’est potentiellement moins de surfaces boisées. Parallèlement, si la population augmente, les chemins et les clairières risquent d’être plus fréquentés lors des promenades dominicales. Dans le club résidentiel périurbain, les débats portent donc sur les modalités d’accès. Ils ne portent pas ou très peu sur les modalités du partage. Ils portent également peu sur des projets politiques car, d’une part les goûts et les revenus sont relativement homogènes, d’autre part les habitants se sont engagés en amont, lors de la signature de leur bail ou de leur acte de propriété, à jouir d’un cadre de vie déterminé suivant des modalités fixées, qui ne doivent plus être modifiées. Cet engagement est comparable à celui pris lors de l’emménagement dans une copropriété.

La clubbisation ou des biens communs aux biens clubs [20]

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La « clubbisation » et la métropole

Ces exemples le montrent, avec les concepts de clubs et de clubbisation, on peut appréhender le rapport au local en dehors de la dichotomie entre communauté et société. Ces concepts permettent de penser une relation forte au lieu de résidence non pas contre la mobilité, mais avec la mobilité. Ils permettent de dire pourquoi et comment la relation au lieu de résidence a changé de nature. La communauté locale n’est plus donnée parce que son périmètre social fluctue significativement au gré des mobilités résidentielles et quotidiennes. Le quartier est de moins en moins le lieu du destin partagé par une communauté relativement stable et de plus en plus un lieu de partage de biens collectifs spécifiques par des individus regroupés de manière temporaire (sinon dans les faits, du moins dans la représentation qu’ils se font de leur situation). Pour dire les choses de manière concise, ce n’est plus le groupe qui fait le quartier, mais le quartier qui fait le groupe. Les équipements, les aménités ou les services offerts par un quartier ne sont plus produits par un groupe, mais produisent un groupe. Ce faisant, plutôt que les modalités de partage des ressources offertes par un lieu, la question centrale devient les modalités d’accès à la résidence dans un lieu. Et l’enjeu central de ce contrôle d’accès est incontestablement, et de plus en plus [21], l’environnement social. Ceci dans un cadre où le voisinage importe moins comme espace politique que comme bien économique. Dans les termes de la philosophie pluraliste de Michael Walzer [22], en effet, les relations des citadins à leur quartier s’inscrivent dans un registre de moins en moins politique et de plus en plus économique.

Que penser de cette clubbisation en termes politiques et moraux et, au-delà, que doit-on faire ? Pour répondre à ces questions, il faudrait évaluer l’ampleur de la clubbisation. Il faudrait notamment déterminer si les clubs résidentiels périurbains qui viennent d’être décrits ont des homologues dans les centres-villes ou dans les banlieues. Même en s’en tenant au périurbain toutefois, le phénomène est massif et concerne potentiellement des centaines de communes autour de chaque grande ville. Faut-il s’opposer à cette clubbisation des périphéries, et lutter notamment contre la marchandisation de l’environnement social et ses corollaires, la division sociale de l’espace et la ségrégation ? Poser la question en ces termes paraît inapproprié. La clubbisation est une tendance lourde et il serait vain de s’y opposer frontalement (du moins dans une perspective réformiste). Les marges de manœuvre et les véritables enjeux politiques résident dans le fait que le nouveau rapport à l’environnement local qui résulte de la clubbisation est aussi un nouveau rapport à la métropole. Des clubs résidentiels ne peuvent se constituer que dans des relations de dépendance fortes avec un environnement métropolitain : pour vivre dans une commune résidentielle, il faut pouvoir travailler dans une deuxième commune, faire ses courses dans une troisième et envoyer ses enfants au collège dans une quatrième. Bref, la clubbisation n’exclut pas la sphère politique des questions urbaines, elle redéfinit les échelles et les espaces pour lesquels cette sphère est pertinente. Si on peut de plus en plus choisir ses voisins, la métropole s’affirme de plus en plus comme un territoire commun à partager. L’enjeu est alors la régulation politique de ce territoire commun et des relations qu’il fait naître entre ses composantes. Une première étape vers cette régulation est la prise de conscience par les citadins des dépendances organiques entres les composantes des territoires métropolitains qu’ils habitent et qu’ils pratiquent. Pour ce faire, il faut décrire correctement la situation et cesser d’opposer le repli sur l’entre-soi et la métropole, ce que les concepts de club et de clubbisation peuvent aider à faire.

En savoir plus

Charmes, Éric. 2011. La Ville émiettée. Essai sur la clubbisation de la vie urbaine, Paris : Presses universitaires de France.

Notes

[1] L’auteur remercie Bilel Benbouzid pour ses observations.

[2] Voir plus bas notre caractérisation de cette vie villageoise.

[3] Voir notamment Ascher, François. 1998. « La fin des quartiers », in Haumont, Nicole (dir.), L’urbain dans tous ses états : Faire, vivre, dire la ville, Paris : L’Harmattan, p. 183-201.

[4] Ce paragraphe reprend des éléments de Charmes, Éric. 2011. « Les gated communities : des ghettos de riches ? », Laviedesidees.fr, mis en ligne le 29 mars 2011.

[5] Jacobs, Jane. 1961. Death and Life of Great American Cities, Random House : New York.

[6] Robert, Philippe. 2000. « Les territoires du contrôle social, quels changements ? », Déviance et société, vol. 24, n° 3, p. 215-23.

[7] Voir notamment Ascher, François. 1998, op. cit.

[8] Grafmeyer, Yves. 2006. « Le quartier des sociologues », in Authier, Bacqué et Guerin-Pace, Le quartier. Enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, Paris : La Découverte, p. 28.

[9] Simmel, Georg. 1999 [1908]. Sociologie. Étude sur les formes de la socialisation, Paris : Presses universitaires de France.

[10] Voir Webster, Chris J. 2003. « The Nature of the Neighbourhood », Urban Studies, vol. 40, n° 13, p. 2591-2612.

[11] Voir Filippi, Benoît et al. 2007. Marchés du logement et fractures urbaines en Île-de-France, Paris : PUCA Ministère de l’Équipement.

[12] Voir Walzer, Michael. 1984. Spheres of justice. A defense of pluralism and equality, New York : Basic Books.

[13] Rémy, Jean. 2004. « Culture de la mobilité et nouvelles formes de territorialité », in Vodoz, fister-Giauque et Jemelin (dir.), Les Territoires de la mobilité. L’aire du temps, Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, p. 13-42.

[14] Montgomery, Alesia F. 2010. « Ghettos and enclaves in the cross-place realm : mapping socially bounded spaces across cities », International Journal of Urban and Regional Research, vol. 35, n° 3, p. 659-675.

[15] Pour plus de détail sur cet effet d’échelle, voir Charmes, Éric. 2011. La Ville émiettée. Essai sur la clubbisation de la vie urbaine, Paris : Presses universitaires de France, p. 93 sq.

[16] Charmes, Éric. 2011. op. cit., chap. 1.

[17] Ce paragraphe et le suivant reprennent des éléments de Charmes, Éric. 2011. op. cit., p. 240-242. La situation décrite ici valait encore pour certains villages dans les années 1960. Voir notamment des travaux de : Morin, Edgar. 1967. Commune en France. La métamorphose de Plodémet, Paris : Fayard ; Pelras, Christian. 2001. Goulien. Commune bretonne du Cap Sizun. Entre XIXe siècle et IIIe millénaire, Rennes : Presses universitaires de Rennes ; ou Wylie, Laurence. 1979 [1968]. Un Village du Vaucluse, Paris : Gallimard.

[18] Vivier, Nadine. 1998. Propriété collective et identité communale. Les biens communaux en France. 1750-1914, Paris : Publications de la Sorbonne.

[19] Pour une description détaillée du rapport à la nature des périurbains et des différents registres dans lequel il s’inscrit voir Vanier, Martin. 2003. « Le périurbain à l’heure du crapaud buffle : tiers espace de la nature, nature du tiers espace », Revue de Géographie Alpine, vol. 91, n° 4, p. 79-89.

[20] Tableau constitué à partir d’une lecture critique de Ostrom, Elinor, Gardner, Roy et Walker, James. 1993. Rules, games, and common-pool resources, Ann Arbor : University of Michigan Press. Voir également Charmes, Éric, 2011. op. cit., chap. 5.

[21] Le travail qui a le plus popularisé cette thèse, même si sa méthodologie est discutable, est Maurin, Éric. 2004. Le ghetto français, Paris : Le Seuil.

[22] Walzer, Michael. 1984. op. cit.


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LU POUR VOUS : Les usages temporaires des friches urbaines, enjeux pour l'aménagement

Les usages temporaires des friches urbaines, enjeux pour l'aménagement
Par Lauren andres, 11/05/2011
http://www.metropolitiques.eu/Les-usages-temporaires-des-friches.html

Pour citer cet article :

Lauren Andres, « Les usages temporaires des friches urbaines, enjeux pour l’aménagement », Métropolitiques, 11 mai 2011. URL : http://www.metropolitiques.eu/Les-usages-temporaires-des-friches.html

Les investissements temporaires des friches urbaines influent sur les mutations à long terme de ces espaces, qui constituent un champ d’expérimentation. Lauren Andres s’interroge sur une plus grande flexibilité des processus et outils de planification, cruciale dans un contexte de crise. Les usages temporaires sont un des vecteurs de cette flexibilité et sont une forme d’anticipation sur le renouvellement des territoires en déshérence.

L’apparition d’espaces délaissés et le développement d’usages temporaires de ces espaces sont caractéristiques d’un contexte de crise et de transition. L’existence de ces délaissés est liée à la désindustrialisation mais aussi aux phénomènes de rétrécissement urbain – « shrinking » process, décroissance démographique et des activités économiques (Oswalt 2005). Plus récemment elle s’explique par la crise économique, notamment l’impact du resserrement de crédit (credit crunch) visible en particulier en Grande Bretagne et aux États-Unis. Ces délaissés, ou friches urbaines, sont soumis à des trajectoires de mutation extrêmement hétérogènes. En particulier, certains de ces espaces sont marqués par un temps de veille, d’attente prolongée, propice au développement d’usages temporaires – activités alternatives culturelles, sociales ou artistiques, autorisées ou non – qui dès lors remettent en question les temporalités de l’aménagement et aussi l’aptitude de l’urbanisme à introduire plus de flexibilité. Considérer les usages temporaires et non planifiés est une manière de promouvoir la capacité à s’adapter plus facilement aux aléas du marché en accentuant la flexibilité et la mutabilité des espaces (Urban Catalyst 2007). Ce n’est ainsi plus seulement la durabilité des espaces et projets urbains qui est recherchée mais leur aptitude à faire face aux crises et à l’incertain. Cet enjeu s’inscrit dans la vague actuelle de remise en question des paradigmes de l’action publique, particulièrement dans les pays anglo-saxons, au travers de la notion de résilience urbaine. Anticiper les conséquences de la multiplication des délaissés dans un contexte post crise économique – « credit crunch » – va de pair avec l’impératif de faire face à des aléas majeurs (terrorisme, changement climatique par exemple – cf. « resilience of the everyday city », voir Coaffee et al.2008 ; Coaffee 2008, 2010). Vis à vis des espaces en déshérence, il s’agit de rompre le cycle classique de la récupération des friches qui vise systématiquement à un réaménagement planifié des espaces délaissés et au contraire permettre à des usages non-planifiés de se développer sur ces territoires et de favoriser leur régénération.

Jeux d’acteurs et valeurs foncières

Il n’existe pas une seule catégorie d’usages temporaires légaux, mais plusieurs, fonction des stratégies des propriétaires fonciers, des collectivités territoriales et bien évidemment des « acteurs temporaires » à l’origine des usages qui vont prendre possession de ces espaces. Je citerai ici des activités et projets culturels et artistiques (la manufacture des tabacs de la Seita sur la Friche de la Belle de Mai, à Marseille) ou des activités économiques et de loisirs (la plateforme du Flon à Lausanne, des espaces commerciaux réinvestis en Grande Bretagne dans le cadre du programme Meanwhile Spaces). Les acteurs temporaires sont attirés par les coûts de location et de maintenance peu élevés ou quasi nuls de ces lieux, par une flexibilité des usages (Andres 2010 ; BMVBS et BBR 2008 ; Urban Catalyst 2003), un environnement créatif (Drake 2003) et propice aux liens sociaux (Crewe et Beaverstock 1998). Le propriétaire, de son côté, en autorisant ces usages, y trouve plusieurs avantages : une sécurisation du site à moindre coût et une maintenance « low-cost » du terrain dans l’attente d’un contexte plus prometteur, pour sa vente ou pour un projet de régénération. In fine, pour les collectivités locales, les usages temporaires tendent dans certains cas à être perçus comme des opportunités de participer à la revalorisation symbolique d’un lieu et à l’amélioration de son image. Par ailleurs, encourager les usages temporaires peut être aussi un moyen d’accélérer la mutation de ces espaces. C’est le rapport entre la valeur d’échange et la valeur d’usage qui est ainsi au cœur de ces processus.

Ces jeux d’intérêt sont explicites dans les exemples évoqués. À Marseille, l’investissement par un projet artistique de la manufacture des tabacs a été le résultat de la volonté de l’élu à la Culture de soutenir la reconquête des friches urbaines par des activités culturelles, dans le but de limiter les nuisances liées à leur désuétude et à parier sur d’éventuelles retombées positives qu’elles pourraient engendrer. Cet investissement a reposé aussi sur l’accord du propriétaire, la Seita, d’autoriser l’investissement des lieux en échange d’une part, d’une sécurisation du site et d’autre part, d’un potentiel achat par la collectivité dans le futur. Au Flon à Lausanne, c’est la combinaison de la volonté de la société de holding immobilière, propriétaire de l’ancienne plateforme de stockage, de conserver des revenus minimum en louant les entrepôts et du souhait de petits artisans et commerçants (restaurateurs, gérants de boîtes de nuit, galeristes, antiquaires...) de trouver des locaux en centre-ville, modulables à volonté et peu chers, qui a favorisé la mutation du site durant son temps de veille ; la collectivité est restée observatrice (n’étant pas propriétaire du terrain) mais a accueilli positivement ce renouvellement. Dans les deux cas, les usages temporaires ont participé à une revalorisation symbolique du site, en terme d’image, mais aussi foncière et urbaine. La Friche est devenue un des projets clés du vaste projet de régénération Euroméditerranée et de Marseille Provence 2013, capitale Européenne de la Culture, et le Flon est aujourd’hui le nouveau cœur de la ville, haut lieu de vie nocturne et économiquement gentrifié (signifiant que seule une partie des activités « temporaires » – quelques restaurants, boîtes de nuit et galeries – a été maintenue).

Outils de flexibilité et de régénération à long terme

Quelles conclusions dégager pour la construction d’une ville spatialement plus résiliente, apte à anticiper, faciliter et promouvoir les usages temporaires dans un contexte de crise ? La résilience spatiale repose sur l’aptitude à introduire plus de flexibilité dans le système de planification afin de faciliter sa capacité à s’adapter aux chocs de diverses natures et ainsi permettre à des acteurs atypiques d’investir des espaces et dès lors d’interférer sur leur mutation. Typiquement, les usages temporaires sont un des outils de cette flexibilité et sont une forme d’anticipation et de pari sur le renouvellement des espaces et territoires en déshérence. Deux types d’usages temporaires peuvent être identifiés : 1) comme alternative à une remise immédiate (et impossible) sur le marché, pour influencer la valeur marchande d’un espace et encourager son redéveloppement à court ou moyen terme – ce qui implique une explicitation immédiate de telles stratégies vis-à-vis des acteurs atypiques, ainsi aptes à rebondir rapidement une fois la période de veille achevée ; 2) comme moyen de démontrer que le contenu des projets élaborés de cette façon durant un temps de veille peut jeter les bases de projets innovants de renouvellement à long terme, fondés sur une stratégie de régénération urbaine, culturelle et économique.

Gagnants et perdants

Mais dès lors, qui sont les gagnants et les perdants de ces formes de mutation atypiques ? L’intérêt principal des usages temporaires repose sur le fait qu’ils influent sur la valeur d’échange des espaces concernés ce qui, de fait, explique l’intérêt initial des propriétaires fonciers. De ce point de vue, le devenir des acteurs qui investissent les lieux de manière temporaire est bien entendu problématique : il est systématiquement conditionné par le positionnement des acteurs décisionnaires (propriétaires et/ou collectivités territoriales) et par la manière dont ils souhaitent faire évoluer les projets temporaires et promouvoir des formes de négociation multi-acteurs (Andres 2011). La capacité des acteurs atypiques à faire preuve de leadership, d’interventionnisme et de créativité est dès lors cruciale. Le rôle de l’urbaniste en tant que médiateur n’est donc ici pas aisé, d’autant qu’une fois le contexte de crise passée la perspective de régénérer les espaces délaissés et de les réintroduire dans un modèle de développement classique redevient attrayante. Les pressions économiques reprennent tout leur sens. Il existe quelques exemples où les renouvellements initiés « par le bas » (bottom-up) restent le levier de processus de régénération à long terme. La Friche de la Belle de Mai en est un. Néanmoins, dans la plupart des cas, les acteurs atypiques à l’origine du processus sont voués à disparaître ou à recommencer ailleurs. La dynamique créée durant le temps de veille s’estompe, comme au Flon où seule l’image alternative du site, quoique amendée, perdure, après avoir toutefois démontré ses bénéfices lors des périodes d’incertitude durant lesquelles aucune autre forme de mutation que celle des usages temporaires n’est possible.

En savoir plus

  • Andres, Lauren. 2010. « Friches et mutabilité précursive. Retour d’expériences franco-helvétique sur le rôle des acteurs transitoires dans la reconquête culturelle de territoire délaissés », Méditerranée (Journal of Mediterranean geography), n° 114, p. 51-64.
  • Andres, Lauren. 2011 (à paraître). « Alternative initiatives, cultural intermediaries and urban regeneration : the case of La Friche (Marseille) », European Planning Studies.
  • BMVBS et BBR (ed.). 2008. The impact of temporary use of land and buildings on sustainable urban development, Bonn : Werkstatt, Praxis 57.
  • Coaffee, Jon, Murkami-Wood David et Rogers Peter. 2008. The Everyday Resilience of the City, Londres : Palgrave/Macmillian.
  • Coaffee Jon. 2008. « Risk, resilience, and environmentally sustainable cities », Energy Policy, n° 36 (12), p. 4633-4638.
  • Coaffee, Jon. 2010. « Protecting vulnerable cities : the UK resilience response to defending everyday urban infrastructure », International Affairs, n° 86 (4), p. 939-54.
  • Crewe, Louise et Beaverstock, Jonathan. 1998. « Fashioning the city : Cultures of consumption in contemporary urban spaces », Geoforum, n° 29, p. 287–308.
  • Drake, Graham. 2003. « This place gives me space : Place and creativity in the creative industries », Geoforum, n° 34, p. 511–524.
  • Oswalt, Philipp. 2005. Shrinking Cities, Ostfildern-Ruit : Hatje Cantz.
  • Urban Catalyst. 2003. Strategies for temporary uses – potential for development of urban residual areas in European metropolises, Berlin : Studio urban catalyst.
  • Urban Catalyst. 2007. « Patterns of the unplanned », in Franck et Stevens, Loose space : possibility and diversity in urban life, Londres : Routledge, p. 271-288.

Le programme Meanwhile Space, en Grande Bretagne
Le guide des affectations transitoires, en Suisse
Étude d’impact des usages temporaires des espaces sur le développement durable, en Allemagne
Le projet Shrinking cities

Portfolio


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LA VILLES DES SITUATIONNISTES : 29 AVRIL

Philosophie - urbain - architecture

29 avril 2011

Colloque franco-italien

Programme complet de la manifestation

Thierry Paquot, Tiziana Villani & Chris Younès

Amphi 11
entrée libre

ENSA Paris La Villette

144 avenue de Flandre

75019 Paris


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LU POUR VOUS : Innovation : le rôle de l'art dans les territoires

Innovation : le rôle de l'art dans les territoires
Par Raphaële Bidault-Waddington, le 14/03/2011
http://www.metropolitiques.eu/Innovation-le-role-de-l-art-dans.html

Pour citer cet article :

Raphaële Bidault-Waddington, « Innovation : le rôle de l’art dans les territoires », Métropolitiques, 14 mars 2011. URL : http://www.metropolitiques.eu/Innovation-le-role-de-l-art-dans.html

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NOUVEAUTE SITOTHEQUE

RAMAU est un réseau de recherche et d’information créé en 1998 et portant sur les diverses activités d’élaboration et de conception des projets de construction, d’urbanisme, d’aménagement ou de paysage en France et en Europe.

Il est habilité comme réseau de la recherche architecturale par la Direction de l’architecture et du patrimoine (ministère de la Culture).

Il est maintenant disponible par la sitothèque de la bibliothèque, sur le catalogue en ligne, à la rubrique Ressources en ligne.
Retrouvez RAMAU à l'adresse :

http://www.ramau.archi.fr

et en format PDF la lettre d'information RAMAU n°15

Télécharger le fichier  "RAMAU Lettre d'information n°15.pdf"



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LU POUR VOUS : (Dé)mesure de la périurbanisation

(Dé)mesure de la périurbanisation
par Anne Lambert, le 11/03/2011
http://www.metropolitiques.eu/De-mesure-de-la-periurbanisation.html

Pour citer cet article :

Anne Lambert, « (Dé)mesure de la périurbanisation », Métropolitiques, 11 mars 2011.

Télécharger le fichier  "bibliographie periurbanisation"
Bibliographie non exhaustive sur le phénomène périurbain à la bibliothèque.

Télécharger le fichier  "AnneLambert-(Dé)mesure de la périurbanisation.pdf"




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URBA et ARCHI à la Télé

Vous serez informé des programmes radio-télé à venir concernant l'urbanisme et l'architecture grace à la veille effectuée par ENSA de Nancy sur le Netvibes de la mediathèque de Nancy

Pour la semaine du développement durable on nous signale sur ARTE une programmation spéciale Samedi 9 avril 2011 de 13h10 à 17h45
-Les villes de l'extrême (La Paz, Bangkok, Yakutsk)
-La ville en vert propose un tour d'horizon de l'architecture écolo en Europe (1. Le parfait éco-logis, 2. Des temples grecs aux murs végétaux).

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ACTUALITE DES REVUES : ICON n°94



FRONT
-Leader : original copies
-Scene : the Gove-Rogers affair
-Diary : Events to see this month
-Anatomy of : YikeBike, the modern day penny farthing
-Crimes against design : Charles Holland and the unwieldy Sunday Times
-Rethink : KK Outlet pimps the Scout's uniform
-FIve most wanted : Architect Nigel Coates shares his wish list
-Icon of the month : Voyager 1 laves the solar sytem


NEW
Jürgen Mayer H designs an airport, Marc Jacobs unveils a flagship on Omotesando in Tokyo, Frank Gehry does (relatively) normal, kindergartens and old folk's homes get exciting, plus reports from Maison & Objet in Paris and the Stockholm Furniture Fair

FEATURES
-Ma Yansong : the MAD founder's next moves
-Serie architects : On the hunt for a grammar of architecture
-Real and fake in China : New originality among the knock-offs

OUTDOOR DESIGN REPORT
32 pages of the latest designs for outdoors

REVIEW
Gabriel Orozco at the Tate, Poland and Sweden take on modernism and new architectures zines

PRODUCTS
Selected products including lighting, furniture and flooring

DIRECTORY
A noticeboard for design, retail and services

BACK PAGE
Mi5 Arquitectos' comic-strip sketches



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SOURCES : ICOMOS Bibliographies

Découvrez les bibliographies de l'UNESCO-icomos

ICOMOS - International Council on Monuments and sites/ Conseil International des Monuments et des Sites
49-51 rue de la Fédération, 75015 Paris

®Le concept d’*Authenticité réalisée en décembre 2010
Télécharger<http://www.international.icomos.org/centre_documentation/bib/Biblio_authenticity_2010.pdf>
(PDF,910 KB, 35 p.)






















®L’*Architecture vernaculaire réalisée en mars 2011
àTélécharger<http://www.international.icomos.org/centre_documentation/Archi-Vernaculaire_march_2011.pdf>
(PD 2,7 MB, 175 p.)

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EXPO : A LA GALERIE COLBERT (INHA)

L'INHA présentera : Bibliothèques d’atelier. Édition et enseignement de l’architecture, Paris 1785-1871

Galerie Colbert, 2 rue Vivienne, ou entrée ou 6, rue des Petits-Champs, 75002 Paris, Salle Roberto Longhi
du 29 avril au 9 juillet 2011



L'INHA propose aussi des visites virtuelles : Androuet Du Cerceaul’inventeur de l’architecture à la française ?




Pour en savoir davantage sur les expositions virtuelles de l'Institut national d'histoire de l'art (INHA) : inha


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LU POUR VOUS : François Ascher

Penser la ville hypermoderne : l'héritage de François Ascher
Par Nathalie Roseau
http://www.metropolitiques.eu/Penser-la-ville-hypermoderne-l.html
Sélection d'ouvrages de et sur François Ascher disponibles à la bibliothèque de l'ESA :
F. Ascher à l'ESA

Télécharger le fichier  "Penser la ville hypermoderne.pdf"

Un extrait :






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