Merci à Andri Gerber qui nous a donné ce texte pour le site de l’Atelier d’Ecriture
« L'importance de l'écriture pour un architecte » ....déjà il faut souligner que comme je m'éloigne de plus en plus de la pratique en tant que telle, pour l'enseignement de la théorie et de l'histoire, cela appelle forcément une maîtrise de l'écriture. Une maîtrise qui, pour l'instant, n'est pas encore assez intégrée dans le cursus des écoles d'architecture : on ne m'a jamais appris à écrire, non plus qu’à réfléchir sur la nature de l'écriture en général et en architecture en particulier. Ma première rencontre avec l'écriture s'est faite dans un programme de doctorat à l'ETH[1] qui réunissait architectes et historiens de l'art, et ce fut dans la confrontation avec ces derniers que j'ai commencé à apprendre ce que signifie une écriture "scientifique", autre chose que ce que je pratiquais auparavant. Une écriture qui se plie à des codes précis sur comment formuler, structurer, et construire un certain discours - une recherche en général. Ce fut, je l'avoue, une découverte douloureuse, car je me rendais compte du grand écart qu’il me restait à combler.
[1] Ecole Polytechnique de Zürich
Après cette phase d'apprentissage une autre découverte fut importante : que l'architecte, même quand il écrit, reste un architecte, et devrait garder dans son écriture une nature propre à aboutir un projet, qu’il construise ou qu'il écrive. Garder cette nature est très difficile, ne serait-ce qu’en raison des standards requis par toute recherche scientifique auxquels il faut se plier pour recevoir des financements. En ce sens la discussion sur les doctorats en architecture révèle ces tensions: d'un côté la volonté de garder la spécificité de l'architecture et de son double, le projet, de l'autre la nécessité de s'adapter à des standards scientifiques difficiles à atteindre sans "dénaturaliser" l'architecture. Dans un projet de recherche avec des collègues de l'Université de Lucerne qui a donné lieu à une publication Researching Architecture, j'ai essayé de définir ce qu’est la spécificité de la recherche en architecture: ce que nous avons appelé "le savoir spatial". Ce projet souligne que dans la question de la recherche en architecture (en se demandant si un doctorat en architecture peut se faire aussi par un projet) il faut déplacer le questionnement de la recherche en soi au savoir qui en résulte et qui est d'un autre ordre que celui du savoir "scientifique". Il s’agit d’un savoir spatial, car tout projet fait accroître notre savoir penser en espaces.
J'ai toujours eu un grand intérêt pour la théorie de la littérature, pour ces textes qui questionnent l'espace de la littérature, comme le nouveau roman ou la littérature postmoderne américaine en général, ou des livres comme L'espace littéraire de Blanchot ou encore Sollers et son L'écriture et l'expérience des limites qui approchent la littérature d'un point de vue spatial et donc créent un lien entre écriture et espace (et en ce sens la lecture de Derrida aussi, qui fut pour moi fondamentale), une théorie de la littérature qui est très proche de mon intérêt pour ce que j'appelle l'architecture de la littérature.
La construction de mon écriture ne se termine jamais, et je n'ai pas perdu l'espoir qu'elle puisse aussi se faire dans un projet architectural plutôt que dans un texte, un livre ou toute autre forme écrite. Mais ce sera plutôt par ces derniers que je vais écrire dans le futur proche, et cela demande une grande discipline. Or, comme vous pouvez le constater, devant vous il n'y a pas un texte cohérent, mais un texte écrit d’un seul jet, esquissé, comme un projet...
Andri Gerber, 18.11.2010
[1] Ecole Polytechnique de Zürich
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